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Le naturisme "urbain" dénature-t-il la pratique ?

En club, au musée, au restaurant... le naturisme "urbain" dénature-t-il la pratique ?

Désormais, les "tout nus" sont partout. Au risque de faire passer l’art de se désaper pour une simple mode dans l'air du temps.

Le naturisme français n'est plus réservé au Cap d'Agde et à ses plages de sable fin. Il est désormais urbain. Les nouveaux "tout nus" déambulent au Palais de Tokyo dans une expo d’art contemporain, font du yoga ou du tir à l’arc, jouent au bowling, s’adonnent au laser-game, dînent au restaurant et iront même danser ce samedi 9 juin à la soirée "Beautiful Skin" du Point Ephémère, club branché de la capitale. Et tout cela dans le plus simple appareil. L’art de se désaper en ville est-il devenu le nouveau naturisme à la mode ?

Les nudistes recrutent  

C’est aux associations naturistes françaises que l’on doit cette offre urbaine grandissante. Cédric Amato, trentenaire et vice-président de l’association des naturistes de Paris (ANP), est ravi de la nouvelle visibilité qu’offrent au mouvement ces activités culturelles. Celui qui s’est essayé au naturisme à 18 ans "sur une plage de Vendée par curiosité", nous assure qu’il ne s’agit ni d’une mode ni d’une tendance, mais bien d’un réel besoin. 

Pour recruter de nouveaux adeptes, il sait comment s’y prendre. La première visite naturiste dans un musée, organisée au Palais de Tokyo en mai dernier a été largement relayée par les médias. Le musée Leopold de Vienne, en Autriche, avait bien ouvert ses portes aux tout nus, mais uniquement dans le cadre d’une exposition sur la question de la nudité. Au Palais de Tokyo, il s’agissait de défendre le droit d’enlever le bas comme le haut, sans raison apparente. Même ambition affichée chez Julien Claudé-Pénégry, responsable de la communication d’Imaginat, l’association à l’origine de la soirée clubbing à Paris ce samedi. Tous deux veulent banaliser la nudité, la rendre accessible à tous.

Leur stratégie semble fonctionner : depuis l’instauration d’une zone publique naturiste au bois de Vincenne l’année dernière, les associations ne cessent de gagner du terrain. Médiatique du moins. Jusqu’à dénaturer – au sens littéral – la pratique ?

"Ce que j’aime, c’est être au cœur de la nature"

Il y a deux écoles. Pour beaucoup, le naturisme se pratique au plus près de la nature. L’idée de s’y adonner entre les voitures, sur le bitume ou dans un lieu fermé semble antinomique. Arnaud Baubérot, historien du naturisme, auteur de "Histoire du naturisme : Le mythe du retour à la nature", nous rappelle que "le terme est apparu en France au XIXe siècle, à l’origine pour définir une pratique naturelle de la médecine, la naturopathie d’aujourd’hui. Elle se pratiquait vêtu, mais certains, estimant que ses bénéfices en seraient alors plus grands, en ont profité pour se déshabiller". 

"Un naturisme récréatif est né plus tard, dans les années 1920 en France, et le nom est resté. S’en est suivi un développement de diverses activités de loisirs avec l’arrivé des premiers congés payés."

Quelques amateurs se sont alors mis à faire l’impasse sur le textile pour aller à la plage, en camping ou faire de la randonnée, jusqu’à finir les fesses à l’air au bowling comme au restaurant. Travestissant ainsi, selon les puristes, la philosophie du naturisme originel.

C’est ce que nous explique Alexis, 23 ans, en stage dans un cabinet d’avocat et converti au naturisme par des amis il y a trois ans :

"Ce que j’aime, c’est être au cœur de la nature, me baigner, profiter du soleil… Faire du bowling, dîner au restaurant ou aller à une soirée nu, ça m’intéresse moins."

Lou, qui pratique le naturisme depuis l’enfance, a le même sentiment. A 22 ans, elle a "conscientisé la pratique" qu’elle estime être "bien plus que le simple fait de se mettre nu". Si elle fréquente les centres et les plages naturistes tous les étés avec ses amis, elle ne mettrait "jamais un pied sur une plage de nudistes" et "encore moins dans une boîte de nuit nudiste !" Une différence d’idéologie, selon elle :

“Au cœur du naturisme réside la notion de respect. Respect de soi, de l’autre, de son corps, de celui de l’autre, mais aussi de la planète. Je vois mal comment l’on peut défendre ces valeurs en boîte."

Ceux qui se mettent nus dans les villes seraient donc, selon les chevronnés, des nudistes (qui se déshabillent ponctuellement par confort ou pour s'amuser) et non des naturistes (terme néanmoins employé par ceux qui proposent ces activités de divertissement). Les associations, elles, défendent le droit de véhiculer ces mêmes valeurs tout au long de l’année et dans toutes les situations.

Nudité désexualisée  

"A la limite, le Palais de Tokyo, pourquoi pas", admet Lou, qui s’inquiète surtout de l’aspect "sulfureux" d’un nudisme pratiqué en club.

Mais Julien Claudé-Pénégry s'en défend. De la prévention doit être faite tout au long de la soirée, avec des affiches collées dans l’établissement et un avertissement dispensé dès le vestiaire :  

"Tout comportement déplacé vaudra une exclusion définitive de la soirée et nous n’hésiterons pas à appeler la police."

"Nous travaillons avec le service de sécurité du Point Ephémère, qui, lui, reste habillé", dit-il. Pour les "émotifs respectueux", la tolérance sera de mise. "On a l’habitude, les débutants peuvent être... émus, mais ça se dissipe rapidement." A voir si, dans les faits, 250 à 300 fêtards nus comme des vers et, pour la plupart, sûrement alcoolisés, sauront se tenir de 21 heures à 3 heures du matin.

Tout dépendra du public. "En dehors des naturistes anarchistes, qui ont toujours prôné une nudité sexuellement libératrice, la majorité des naturistes défend une pratique de la nudité non érotique", nous explique Arnaud Baubérot.

D'ailleurs, c’est uniquement sur les plages des "textiles" (ceux qui portent des vêtements), que Lou se sent "matée" :

"Le maillot de bain remonte les seins ou cache un défaut. Finalement, le corps est plus érotisé que lorsqu’il est entièrement nu. J’évite les plages 'normales', ça me met mal à l’aise de sentir tous ses regards sur moi. A l’inverse, quand je suis dans un espace naturiste, ma nudité par défaut n’est pas sexuelle, elle est naturelle."

Pour Alice Pfeiffer, journaliste mode spécialiste du genre, le nouvel attrait que peuvent avoir les jeunes pour le naturisme "reflète une mouvance post-porno dans le rapport au corps" :

"Dans une ère où le corps est fragmenté, taggé sur Pornhub, dans une logique d'excitation sexuelle hypernormée, l'idée de se retrouver nu.e devant un.e inconnu.e sans que cela sous-entende le moindre désir est intéressante. On revient à une logique de bienveillance, de 'safe space', ou un corps nu n'est ni automatiquement une zone d'excitation ni une prise de risque physique."

C’est bien cette démarche que promet la soirée clubbing "tout nu" : pas de gestes déplacés, mais aussi pas de téléphone portable. "On est là pour danser, passer un bon moment, dans le respect de l’intimité de tous. Pas pour se prendre en photo", lance l’organisateur.

Militer nu

Alors que les Parisiens sont invités à gigoter à poil et en rythme, les Londoniens, eux, vont pédaler les fesses à l’air ce week-end à l’occasion du World Naked Bike Ride. Evénement destiné à encourager l’utilisation de moyens de transport plus verts, comme le vélo. 

Féministes post-#Metoo, soucieux du réchauffement climatique ou anti-consuméristes peuvent en effet se servir de la philosophie naturiste. Sylvain Villaret, historien et auteur de "Histoire du naturisme en France depuis le siècle des Lumières" observe : 

"La société française traverse une crise identitaire collective avec des inquiétudes liées à l’alimentation, à l’environnement, à la religion et au corps. C’est le terreau favorable à la pratique collective d’un naturisme militant."

Mais si le naturisme bénéficie de phénomènes de mode – son premier âge d'or se situe entre les deux guerres – "on ne peut pour autant l'assimiler à une mode de par sa longévité et sa structuration", précise l'historien. 

Barbara Krief

Source : https://www.nouvelobs.com/societe/20180607.OBS7900/en-club-au-musee-au-restaurant-le-naturisme-urbain-denature-t-il-la-pratique.html

Bonjour,

 

La nudité n'a rien à voir avec "l'art de se déssapper", tout à voir avec un "être". Plus qu'un état, donc. Un état de regard qui repose sur la bienveillance. 

Le nu urbain est un message politique (au sein de la Polis) qui généralise au fond le "mon corps est à moi" des féministes des années 60.

Son degré d'admissibilité dans un espace mixte (vêtu, non vêtu) signe le degré de démocratie et de tolérance d'une société donnée. Dans la rue, le voile islamique doit pouvoir coexister avec la pratique quotidienne d'un nu urbain.

Ce qui se joue aujourd'hui c'est, à la fois l'extension du domaine du nu, mais aussi la diversification des pratiques. Le naturisme vacancier ne résume plus le phénomène à lui tout seul. Il fait une place à un naturisme plus politique, plus substantiel, plus revendicatif, plus artistique. 

 

 

Amicalement

 

Sébastien