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Enquête chez les nouveaux naturistes

Ils sont venus au bois de Vincennes en nombre pour la première édition de la Journée parisienne du naturisme, le 24 juin.Louis Delafon / Paris Match

Dans une France classée première destination touristique au monde, le naturisme prend de l’ampleur : 13 % d’adeptes en plus ces deux dernières années. Maintenant, on peut se mettre nu même à Paris, dans un parc ou dans un musée. Enquête auprès de ces babas d’un nouveau genre qui n’ont froid ni aux yeux ni aux fesses

Au départ, une gêne pudique nous oblige à regarder nos interlocuteurs dans les yeux. Puis on se rend vite compte qu’on est les seuls gênés. Premier enseignement du naturisme : personne ne se regarde ni ne se juge. Nous sommes à Paris, dans le bois de Vincennes. Depuis que la municipalité y a autorisé, fin 2016, l’aménagement d’une zone nudiste, des femmes et des hommes, en famille ou entre amis, s’y retrouvent par beau temps dans le plus simple appareil. Plus besoin de se rendre sur les plages réservées, la ligne 1 du métro mène directement au paradis des tout nus. Plus d’un an après son inauguration, l’espace suscite encore sarcasmes ou curiosité. Parfois, des réactions agressives. « Certains nous traitent de “gros porcs”. Il arrive que les affiches délimitant la zone soient arrachées », déplore-t-on à l’Association des naturistes de Paris (ANP), qui a porté le projet. Comme souvent, la hargne s’exprime à visage masqué.

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En ce dimanche ensoleillé, le calme est de mise. Au gré de la balade, nous rencontrons Martine, ex-assistante dermato de 70 ans qui en paraît 50. Une femme apaisante et sereine. Son allure sportive et son corps ferme témoignent d’une hygiène de vie parfaite. Elle pratique le naturisme depuis des années, tout comme elle ne mange que des produits bio et sans OGM. « Vieillir n’est pas un problème », sourit-elle, des rides de malice aux coins des yeux. A quelques mètres, un groupe de jeunes discute, à l’ombre d’un arbre. Marin, Clara et Sofiya, 19 ans, étudient dans la même école de photographie. Peu pudiques, ils nous confient être des habitués de soirées libertines.

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« C’est très répandu dans notre génération », nous apprennent-ils. Leurs corps splendides s’étirent lascivement sous la caresse du soleil et de la brise légère. La nudité n’est pas un sujet pour eux. « Comme ça, on évite les marques de bronzage », s’amusent-ils. Certes. « On vit dans un monde de plus en plus exhibitionniste avec Instagram ou Tinder où les gens s’étalent comme de la charcuterie. Ici, on pratique la sincérité », reprennent-ils, soudainement sérieux. Et libres. Ce jour-là, les potins tournent autour de cette musulmane venue le matin même. Elle se serait mise nue, gardant son voile. A vérifier…

Notre mode de vie est écologique, le naturisme en est une composante

Paradoxalement dans ces espaces le corps n’est pas sexualisé. C’est plutôt le vêtement qui donnerait la tentation d’aller voir au-delà. Et quand elle n’est pas dissimulée, la chair cesse d’être source de fantasmes et objet de désir. « Je considère que le sexe est un organe comme un autre », confie Martine. Tout le monde n’est pas de cet avis. Les voyeurs sont fréquents dans le bois, leurs allées et venues incessantes les trahissent. Des intrus vite repérés et fermement chassés par les responsables associatifs. Une charte de bonne conduite régit la tenue dans cette zone de près de 1 hectare, prohibant tout comportement inapproprié. « Si une érection est déclenchée de manière involontaire, il y a une tolérance », tiennent à préciser ces responsables qui souhaitent à tout prix briser l’amalgame tenace qui les lie aux pratiques libertines de certains camps du sud du pays. Vous êtes prévenus.

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Quelque 2 millions de Français et 3 millions de touristes étrangers viendraient chaque année fréquenter les 460 espaces naturistes du pays, faisant de l’Hexagone la première destination du genre au monde. Et le mouvement connaît un certain regain : 13 % d’adeptes en plus ces deux dernières années et un chiffre d’affaires en croissance de 10 % pour les centres en 2017. Des nouveaux venus plus jeunes et plus aisés. Julien et son épouse, Aurélie (les prénoms ont été changés), ont la trentaine et pratiquent le naturisme avec leurs deux garçons de 3 et 6 ans. « Par curiosité, j’ai voulu tester pendant quinze minutes. Je suis finalement restée deux heures, raconte cette décoratrice-paysagiste. Au début, j’étais gênée mais j’ai rapidement compris que personne ne me regardait. » Depuis, la nudité est la règle à la maison, dès que le soleil darde ses premiers rayons. « Je trouve qu’il y a beaucoup plus de respect entre les gens. On se sent mieux vis-à-vis des autres, les relations deviennent plus profondes. L’environnement est plus agréable, les plages plus propres aussi. » L’hygiène comme argument : le tissu favoriserait la prolifération de bactéries, surtout lorsqu’il est humide. Julien et Aurélie inculquent ces notions à leurs enfants : « On leur apprend à trier les déchets, écouter le bruit des oiseaux. Notre mode de vie est écologique, le naturisme en est une composante. »

Ces militants veulent pouvoir se dénuder partout et à tout moment. C’est-à-dire aussi en ville

Le mouvement prend son essor au début du XXe siècle. Les zélateurs prônent un retour aux origines, dans un système de pensée qui intègre le respect de soi, des autres et de la nature. Le vêtement y est perçu comme la marque d’une distinction sociale, une forme de domination, aussi subtile soit-elle. Dans un univers de paraître, cet anticonformisme valorise la vérité du corps et de ses défauts. Un retour aux origines comme une réponse aux difficultés de la vie, à la pollution, au stress du milieu urbain. La nudité s’oppose à la société, mais sans ségrégation : chacun est admis tel qu’il est. Dans cet état primaire, on ne jouerait plus de rôle. « Cela favorise les mélanges, déclare Cédric Amato, vice-président de l’ANP. Il y a dans notre association un sous-préfet, des P-DG, des ouvriers… Autant de gens qui ne se seraient probablement jamais rencontrés. »

Ces militants veulent pouvoir se dénuder partout et à tout moment. C’est-à-dire aussi en ville. Ils ont lancé dernièrement l’organisation d’une visite privée au Palais de Tokyo. Le centre d’art contemporain a accueilli 160 personnes nues. Une première prise en charge par le musée. Ces étranges visiteurs ont pu contempler l’exposition « Discorde, fille de la nuit », des œuvres de propagande de guerre. « On se sent plus vulnérable sans vêtements ; voir de tels objets apporte une perspective nouvelle », décrypte Laurent Luft, président de l’ANP.

Tous les genres et identités sont bienvenus. L’esprit, c’est la convergence des luttes

Comme elle efface les marques de hiérarchie, la nudité estomperait l’agressivité qui la compose. « On se sentirait ainsi beaucoup plus “peace”. Si les dirigeants du monde se rencontraient nus, il y aurait beaucoup moins de guerres », plaisante-t-il. Plaisante-t-il vraiment ? « On veut convertir un maximum de personnes à notre philosophie de vie, nous confie Cédric. On aimerait organiser des visites dans d’autres lieux parisiens et aussi des sorties culturelles. » C’est l’impact sociétal du naturisme qui est mis en avant par ces activistes. Leur finalité : abroger l’article 222-32 du Code pénal qui condamne la nudité dans l’espace public.

Nous les retrouvons en juin au Point Ephémère, un bar de la capitale, pour la Fête de l’art de vivre nu. Au programme : cours de yoga, sieste littéraire, séance d’hypnose… Se déshabillent ceux qui le souhaitent. La journée se conclura par une soirée clubbing intégralement nue. « Tous les genres et identités sont bienvenus. L’esprit, c’est la convergence des luttes. » Les organisateurs parlent une novlangue un brin creuse, mais l’événement attire. Des hommes surtout. « Les femmes sont moins présentes car le milieu urbain est moins sain pour elles. » Euphémisme. Les activités sont un temps interrompues quand des policiers débarquent. « Alertes de promeneurs avec enfants. » Les choses se régleront à l’amiable : on peut être nu dans le bar tant que ça ne se voit pas de l’extérieur. Le chemin est encore long.

Source : https://www.parismatch.com/Actu/Societe/Enquete-chez-les-nouveaux-naturistes-1566543