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Bien plus qu’une pratique nudiste

Bien plus qu’une pratique nudiste

A l’occasion de la Journée mondiale du naturisme, Ueli et Véréna Schranz, domicilés à Genève, fréquentent régulièrement le centre naturistes «die neue zeit». Le couple témoigne de son mode de vie et de la philosophie qui se cache derrière.

On peut admirer Edi Fankhauser, le co-fondateur du centre naturistes «die neue zeit», sauter en 1940. Il considère la pratique sportive comme essentielle à un mode de vie sain. Photo: Fondation «die neue zeit»

Aude Zuber

Chaque année, depuis 2006, la Journée mondiale du naturisme a lieu en juin. Sa date précise est déterminée par la fédération internationale du naturisme, hémisphère par hémisphère. L’événement vise à faire connaître la philosophie du naturisme. Effectivement, cette pratique est davantage que la seule nudité. «Il s’agit d’un mouvement qui revendique certaines valeurs telles que le retour à la nature ou le respect de soi-même et des autres. Il ne faut pas confondre ce mode de vie avec celui du nudisme», déclare l’adepte Ueli Schranz.

Sa première expérience naturiste remonte à presque 50ans. «Fraîchement marié, le patron de ma femme nous a proposé de partir dans son camping nudiste, en Corse. Nous étions des débutants, pourtant nous avons été bien accueillis et nous nous sommes tout de suite sentis à l’aise. Et comme cela nous a plu, nous avons poursuivi dans cette voie», explique-t-il.

Un camping unique
Après avoir passé les vacances dans différents campings français, en 1972, Ueli et Véréna Schranz ont découvert le Centre naturistes «die neue zeit» situé sur la commune de Gampelen au bord du lac de Neuchâtel et à proximité du canal de la Thielle. Pourquoi en tant que Genevois avoir choisi ce camping naturiste et pas celui de Veyrier, localisé non loin de chez eux? «Dans ce paradis, nous nous sommes immédiatement sentis libres. Et le contact est plus facile qu’en ville. Nous nous racontons volontiers notre vie et nos problèmes», répond spontanément Véréna Schranz. De tels échanges sont sans doute favorisés par le règlement ainsi que par l’acte de la fondation signé en 1961. Le bruit est notamment banni. «Il n’y a donc pas de nuisances sonores émises par la télévision et la radio», ajoute-t-elle. Et son mari de compléter: «Les gens ici sont très respectueux. Car en étant nus, nous sommes plus vulnérables donc plus attentifs envers les autres.»

Le couple apprécie également les infrastructures du lieu. «L’espace est spacieux et il y a le lac à côté et non pas une rivière comme dans la plupart des autres campings nudistes du pays. Et pouvoir nager nu, ça procure un immense sentiment de liberté», s’exclame le Genevois.

Ni alcool, ni viande, ni tabac
Trois interdits, hérités de la «Lebensreform» (vivre sainement) sont au centre de cette communauté naturiste. L’alcool, la viande et le tabac ne sont pas autorisés à l’intérieur du camping. Pour pouvoir les comprendre, une contextualisation est nécessaire.  «A la fin du 19e siècle, les gens vivaient entassés dans les villes qui s’industrialisaient et un mouvement s’est constitué à Berlin revendiquant le retour à la nature et une vie saine comprenant l’activité physique, le végétarisme et la non-consommation des drogues», détaille Ueli Schranz.

Pratique familiale
L’affaire est familiale. Lorsque leurs trois enfants étaient encore en âge de scolarité, la famille Schranz passait deux mois de vacances au Centre naturistes «die neue zeit» de Thielle. «Aujourd’hui, ce sont nos enfants qui font de même. Ils aiment venir au camping avec leur famille», déclare avec le sourire Véréna Schranz.

Aujourd’hui encore, elle passe deux mois au Centre naturistes  de Thielle. «Je travaille à la réception. Je n’y suis pas obligée mais les tâches me plaisent. Et de profession, j’étais secrétaire, donc c’est mon domaine. De plus, je m’y sens bien». Pendant plusieurs années, l’aînée était également active au sein du conseil de fondation. Quant à son mari, il n’y reste pas si longtemps. «Moi, je rentre plus tôt, car je dois m’occuper de mon potager à Genève», précise-t-il.

 Plusieurs activités rythment la vie du camping naturiste. Le matin, le chant et le yoga sont proposés et le soir, les danses sont à l’honneur. Ueli Schranz se réjouit de voir autant d’adolescents participer aux semaines spéciales danse. Une professionnelle de Berlin vient encadrer les participants. Autour d’un thème, elle prépare un spectacle. «La majorité des résidents, jusqu’à mille personnes, viennent les applaudir et s’amuser avec eux. C’est formidable!», s’exclame Ueli Schranz. Des concerts sont également organisés. Et de compléter: «Ma femme et moi faisons partie des cuivres de l’ensemble des instruments à vent.» Des conférences portant essentiellement sur la thématique du mieux-vivre ont fréquemment lieu.

Baisse des membres
Le naturiste déclare que le nombre d’adhérents à l’Association organisation naturiste suisse (ONS) sont en baisse: «Dans les années 70, nous étions environ 8000 membres et aujourd’hui, on en compte près de 3600».
Selon lui, cela s’explique par le nombre croissant de «zones sauvages» où l’on peut complètement se dévêtir. «Tant qu’on ne gêne personne, c’est toléré !», lance-t-il.

De plus, il déclare que désormais, il n’est plus toujours demandé d’être membre d’une association naturiste pour pouvoir visiter un camp naturiste à l’étranger.

Les campeurs ont également tendance à rester moins longtemps. Une explication est avancée. «De plus en plus de possibilités s’offrent à nous. Les gens ne partent plus uniquement au camping pendant leurs congés, mais ils profitent aussi de voyager à la mer et à la montagne», conclut-il.

 

La fondation d’un camp novateur:
Origine Le camp «die neue zeit» a été fondé en 1937 par le couple Edi et Elsi Frankhauser. Ils ont appliqué les idées du père spirituel du projet Werner Zimmermann. Né à Lyss, en 1893, ce naturiste est considéré comme l’un des premiers écologistes du 20e siècle. Abstinent, végétarien, non fumeur, il a milité pour un mode de vie sain. Il a exposé ses valeurs dans plusieurs ouvrages et les a transmis à travers de nombreuses conférences.

Application Edi et Elsi Frankhauser ont progressivement mis en pratique ce mode de vie exempt d’alcool, de nicotine et  de viande. Quant à la nudité, elle fait aussi partie de cette nouvelle manière de vivre. Car, elle permet une harmonie avec la nature.

Pionniers En avance sur leur temps, ces précurseurs n’ont pas eu la tâche facile pour créer le Centre naturistes «die neue zeit». La société d’alors a fait acte de résistance.

La justice tranche Plusieurs recours ont été déposés. La cour suprême de la Confédération s’est prononcée, lors d’un procès en faveur des naturistes.

L’endroit idéal Finalement, le couple a trouvé – il y a de ça 80 ans – le terrain approprié au bord du lac de Neuchâtel pour créer leur paradis.

Monnaie locale A l’instar du festival du Chant du Gros et de sa monnaie le Louis, des bons «elsi» – à l’honneur de la fondatrice Elsi Frankhauser –  sont utilisés au Centre naturistes «die neue zeit».

 

Trois questions à...
David Wernz, gérant du Centre naturistes «die neue zeit»

Voilà deux ans que vous avez repris l’exploitation du centre naturistes «die neue zeit», quelles ont été vos motivations?
Je n’avais pas envie de m’engager dans un projet purement économique, mais également idéaliste. C’est vraiment un travail extraordinaire et unique en Suisse. Ce n’est pas un simple site nudiste, mais il porte certaines valeurs telles que le respect des uns et des autres et un mode de vie sain. Comme les caravanes ne sont pas reliées à l’électricité, cela permet de se rapprocher de la nature et ça favorise les interactions.

Le camping est réservé aux membres, mais si une nouvelle personne souhaite venir, elle est la bienvenue. Il suffit de s’annoncer au préalable.

Quel est le profil type des visiteurs?
Environ la moitié des visiteurs sont des personnes âgées. Ils viennent ici depuis 40-50ans à intervalle régulier et sont très fidèles. Il y a aussi beaucoup de familles. Mais cette catégorie vient surtout pendant les vacances. Car ils sont encore actifs professionnellement et les enfants doivent aller à l’école. Nous sommes comme un petit village où plusieurs opinions sont représentées, les valeurs alternatives, mais aussi conservatrices. Une harmonie règne!

Combien comptez-vous de visiteurs journaliers?
Il y a 800 visiteurs qui possèdent la carte, c’est-à-dire des campeurs réguliers. Et en saison, on peut atteindre jusqu’à 1500 visiteurs.

Source : http://www.journaldujura.ch/nouvelles-en-ligne/region/bien-plus-quune-pratique-nudiste